Michel Kirch
(France)



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Au Delà

Au dela du mur




Dialogue




En suspens




Entre les lignes




Le chant




Peut-être un jour




Quiétude




Sauvé des eaux








Climats


Climat 11




Climat 3




Climat 4





Climat 7




Climat 10




Climat 1




Climat 2




Climat 8




Climat 6




Climat 9








Essence


Pomme




Ascension 1




Autel




Bientôt minuit





Cathédrale




Chez la sorcière




Dimanche après-midi




Eros atlantica




Jardin secret




L'abri de la lumière




L'insomniaque




L'ordre du désordre





Le lecteur




Mauvais oeil




Vertige








Les éveillés


Ascension 2




Au loin




A la source




Couple 1




Couple 2




Genèse




Jamais seul




L'horizon vertical




L'origine de la lumière




La voie




Le puits de joseph




Les éléments




Mauvaise pente




Panorama




Une vie







BIOGRAPHY





FR

Dans son travail, Michel Kirch s'applique à rechercher, au delà du réel, un univers poétique, indicible, que le filtre de son regard permet de révéler. Ses images sont la quête d'un silence désiré, d'une méditation éloignant les fureurs du monde et de notre époque en particulier.

L'Artiste, par sa recherche photographique, se donne un espace-temps pour la paix et la quiétude des sens. Sans pour autant occulter la violence et l'inquiétude, jamais absentes, et subtilement intégrées.

La recherche d'espace, inaliénable condition de liberté, laisse transparaître une ambiguité « extérieur/intérieur » où le monde extérieur, par l'effet d'une lentille extrêmement sensible, amplifie et nourrit l'espace intérieur.
C'est ainsi que ses architectures sont souvent à l'abandon, livrées aux éléments, et ses personnages, silhouettes solitaires semblant arrêter le temps, suspendues, sans gravité.
Un homme emblématique, fragile, minimaliste, un être entre l'eau et le ciel, entre noir et lumière, vie et mort.

La série des photographies « Au delà du mur » fait partie d'un projet plus étendu réalisé en Israël durant la seconde Intifada, où Michel Kirch a voulu représenter sur la façade maritime du pays, seul espace dénué de murs, la quotidienneté d'une région en souffrance.

Un lieu, le front de mer, rien n'est là pour arrêter la vue...
D'un côté l'artiste avance de façon sérielle, d'un autre côté chaque image se structure en emblème visuel, dotée de sa propre vie et puissance d'expression.
Images en suspens, en équilibre instable, exprimant au travers de leur dynamique le reflet d'une tension, ainsi présente dans ces moments d'apparent relâchement.
En même temps, cohérence aux principes classiques d'harmonie, de symétrie, de rigueur formelle.
Netteté et rigueur quasi géométrique de la vision, où la poésie cohabite avec le drame et l'incertitude permanents, la profonde solitude de l'être et la recherche desespérée d'équilibre et de calme.
Une métaphore vigoureuse du chaos intime et universel.

Presque une Guerre de Cent Ans... Le temps passé depuis le tirage historique ayant assigné les lopins de terre le long de la plage de Tel Aviv, le 11 Avril 1909...
Tel Aviv, textuellement « Colline du Printemps », la cité qui ne s'arrête jamais, ouverte, dynamique, vitale et laïque. Si proche et si lointaine de Jérusalem, ainsi que le prétend le dicton : « Quand Jerusalem pleure, Tel Aviv joue. »
Mais Tel Aviv est surtout le lieu des déplacements, et la plage se fait symbole de la tentative pour ses habitants d'oublier un temps le conflit, de voir plus loin, ou simplement ailleurs.

Par ses images, Kirch fait de la plage un lieu onirique, un bain de vie, un ailleurs possible. Et tandis qu'il fixait des images paisibles, paradoxales, l'Intifada faisait rage.
Dans un livre en préparation, Michel Kirch accompagne ses images de faits réels et positifs s'étant produits entre israéliens et palestiniens. Des graines de Paix...
Il nous révèle avec grâce, qui le caractérise aussi :
« Je présente ces images dans le refus de la démission, avec une idée de l'homme transcendant les conflits, comme le témoignage d'une possibilité de paix, comme un moyen d'apercevoir l'Au delà du Mur ... »






A PROPOS DE MON TRAVAIL ...

Un nombre variable de prises de vue construisent aujourd'hui chacune de mes images.
Parfois une seule, parfois des dizaines.
Je ne suis pas dans le monde du témoignage, ou alors est-il tout à fait indirect et subjectif.
C'est la subjectivité qui m'intéresse, le monde vu au travers de ma sensibilité personnelle.
Autrement dit la rencontre de deux univers, l'un extérieur, aussi appelé « réalité », l'autre intérieur.
Si l'image correspond à un paysage intérieur à la seule prise de vue initiale, alors pour moi l'image est construite. Il en était ainsi avant mon exploration du monde digital ; ce qui change aujourd'hui réside dans une moindre part de hasard, et donc une affirmation plus rapide de l'intention.

Mon paysage intérieur exprimé par une photographie est une géographie de l'âme tissée dans la matière du réel. Car le réel constitue la magie de la photographie... son ascendance, en ce qui me concerne, sur tout autre art visuel. Construire une fiction avec les matériaux d'un réel incontestable est un défi extrêmement excitant. Quelque chose y est à l'oeuvre dont l'énergie conséquente est troublante. D'autant que je me suis imposé comme protocole de ne travailler qu'avec les photos que j'ai moi-même saisies. Comme pour assurer, lien subliminal, une cohérence énergétique.

Le réel est un point de repère. Une borne incontournable. Sa définition est pourtant délicate, souvent arbitraire. On s'accorde à donner le nom de « réel » à une vision, une situation, un paysage collectivement perçus ou ressentis. Une grille basique pour un groupe humain majoritaire. Car le réel de la vision d'une mouche diffère de la vision humaine. De même qu'un aveugle, au lieu de « voir », percevra... De même qu'un autiste, ou un artiste, aura du réel une perception (conception) particulière.

Ce qui importe réside dans la norme proposée (en général définie par les cinq sens humains), quitte à la transgresser en conscience. Car entre le « réel » observé et l'observateur quel qu'il soit existent des filtres, tant physiologiques que culturels, qui reconstruisent de façon personnelle les éléments d'un réel aux contours à priori indiscutables.

En dépit de ces réserves, un « réel » est communément admis. Il semble même nécessaire à la cohérence sociale, comme l'est la perception du temps par un horaire défini. Et cette contrainte constitue un rapprochement subtil entre les hommes. S'en éloigner est un risque qu'ont pris les artistes depuis toujours. S'en éloigner tout en s'en référant, condition indispensable au partage, ouverture à une relativité privilégiant l'esprit sur la matière.
Lorsque je pars en « chasse »(en « quête » est parfois le mot, suivant l'humeur...), je fais en sorte d'évacuer le mental, aidé par des habitudes personnelles me permettant la déconnection totale.

Comme si le mental entravait la surprise à venir en voulant prévoir, encadrer, fixer un objectif (termes liés à la technique photographique...). Dégagé de ce carcan, l'imaginaire se présente sous le déguisement du réel. Bien-sûr, à force de travail et de réflexion, des automatismes formatent un cadrage précis, suivent une ligne directrice, ou recherchent des situations attendues.
Cela s'appelle un style.
L'inattendu qui malgré tout se présentera lui conférera alors son énergie essentielle.

En fait j'ai toujours recherché, depuis mon premier appareil photo, ma propre vision du réel... Une sorte de lieu onirique (ou simplement personnel) caché sous la croûte des apparences, et que l'obstination du regard tente de mettre à jour, de révéler.
J'ai toujours cru à la possibilité d'un mystère sous-jacent qui rendrait dérisoires, ou du moins relatives, les pesanteurs du quotidien. De fuite au début, ce processus s'est transformé en quête. Il ne s'agissait plus de s'éloigner, mais au contraire de se rapprocher... Cet affût est ma respiration. Même avant l'outil informatique cette préoccupation se traduisait par un style. A tel point qu'il est parfois difficile de saisir si telle ou telle image de mon travail a été ou pas recomposée. Depuis l'informatique tout s'est accéléré, affirmé, libéré, mais le sens est resté le même.

Certains sujets cependant n'auraient pas pu voir le jour sans l'informatique. De tous temps la découverte d'un outil (photoshop) a propulsé la créativité. En photographie cela a d'abord semblé suspect : une sorte de trucage insultant la vérité... Parce que longtemps la photographie a été dévolue au reportage, à l'ambition artistique ne dépassant pas le cadre de « l'esthétique ». En somme un parent pauvre et trop pressé de la tradition picturale.
Aujourd'hui plus personne n'en doute : une vérité n'est jamais absolue et un artiste a le devoir d'imposer la sienne. Par tous les moyens...

Michel Kirch
Juin 2008





UK



ABOUT MY WORK…

Today, any number of shots can compose my images.
Sometimes just one, sometimes dozens.
I am not in the realm of the testimonial, or if so, in an indirect, subjective way.
For it is subjectivity that interests me, the world filtered through my own sensitivity.
The encounter of two worlds, in sum: outer reality and my interior, personal planet.
If my initial photo corresponds to the inner landscape I have in mind, my image is complete and structured. That is how things were before I began to explore the digital world: what’s different today is that less is left to chance and my intention is more rapidly asserted.

The inner landscape of my photos is a geography of the soul, woven into the fabric of reality. For reality is what makes photography so magical…and superior, in my mind, to any other visual art. To create a work of fiction from elements that are undeniably real is an extremely stimulating challenge. Something is at work whose enormous energy is disturbing. Especially since my self-imposed rule is to compose my images only with my own photos. As if to guarantee –a subliminal link– a unity of energy.

Reality is a point of reference. An inescapable marker. But defining it is delicate and often arbitrary. We agree to call “real” a vision, a situation, a landscape that is collectively perceived or felt: a basic grid for the dominant human group. Reality as seen through the eyes of a fly differs from the human viewpoint. Just as the blind perceive instead of “seeing”… as the autistic or the artist, who have their own perception (conception) of reality.

What’s important is the standard used (usually defined by the five human senses) even if it is consciously transgressed. Between observed “reality” and the observer, whoever he may be, his physiological and cultural filters redistribute the elements of reality in a personal way, although their contours are basically unquestionable.

In spite of these reservations, a “reality” is commonly accepted. It even appears necessary to social coherency, like the perception of time organized in hours. This constraint creates a subtle connection among men. To distance oneself from it is a risk that artists have always taken. To distance oneself while referring to it, is the condition for sharing, the prelude to a relativity that favors mind over matter.

When I’m off “on the trail” (“on a quest” is sometimes the better word, depending on my mood…), I evacuate whatever is on my mind, thanks to personal habits that enable me to disconnect completely.
All that mental activity gets in the way of the element of surprise: wanting to anticipate, centre, aim (technical photography terms...). Once unbridled, the imagination can disguise itself as reality. Of course, as a result of hard work and thought, one’s reflexes kick in automatically: centering with precision, following a guiding line, ever alert to unexpected situations.
That is what style is about.
The unexpected, which will present itself in spite of everything, confers a vital energy.

I have actually been searching for my own vision of reality since I looked through my first camera… A sort of dream world (or just personal) hidden beneath the crust of appearances, that my obstinate eye tries to bring to light, to reveal.

I have always believed in the possibility of some kind of underlying mystery that would make the weight of the everyday laughable, pathetic or at least less relative. At first an escape, the process has become a quest. It is no longer a question of getting away, but on the contrary, a case of getting closer… This lying in wait is my breathing space. Even before digital tools, this preoccupation of mine translated into a style. To the extent that it can be difficult at times to decipher which of my images has been reworked or not. With the computer, everything has accelerated, asserted and freed itself, but the meaning remains the same.
Some subjects would never have come to light without the computer. Throughout time, the discovery of a new tool (here Photoshop) has always driven creativity forward. Photography was suspicious at first: a kind of trick stunt insulting the truth… Because photography was, for a long time, devoted to reporting, with artistic ambition never venturing beyond the limits of “aesthetic”. An overly rushed, poor relation, in sum, to the pictorial tradition.
Today there is no longer the shadow of a doubt: a truth is never absolute and it is an artist’s duty to impose his own. By every means...

Michel Kirch
June 2008



40/50 edition de 9
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